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Rencontre avec Bertrand Roussel
Bertrand Roussel est Docteur en Préhistoire et responsable des collections au musée de Paléontologie Humaine de Terra Amata à Nice. L'auteur est avant tout un homme enthousiaste et très méticuleux dans ses recherches.
Prehistoirepaca.com : Bertrand Roussel, qu’est-ce que le briquet pneumatique ?
B.R. : Il s’agit d’un mode de production du feu original, fonctionnant selon une loi physique très simple : si vous avez déjà gonflé un pneu de vélo, vous avez pu constater que la pompe chauffe pendant cette opération. Au-delà des frottements, cette élévation de la température est la conséquence directe de la compression de l’air. Le fonctionnement du briquet pneumatique se fonde sur ce phénomène : dans le tube, grâce à un mouvement très bref du piston, les échanges de chaleur avec l’extérieur sont réduits au maximum. L’augmentation de la température due à la compression de l’air est donc suffisante pour entraîner la combustion d’un morceau d’amadou.
C’est un objet assez peu connu aujourd’hui. Y a-t-il des périodes de l’histoire où il a été davantage répandu ?
B.R. : Le briquet pneumatique n’a jamais véritablement été un objet courant. Lorsqu’il est inventé, au début du XIXe siècle, il demeure très confidentiel. A cette époque, la « star » de la production du feu est le briquet à battre, fonctionnant grâce à la percussion d’un morceau d’acier sur un éclat de silex. Toutefois, les scientifiques du début du XIXe siècle cherchent, depuis les travaux de Lavoisier sur la combustion, des méthodes alternatives, notamment basées sur des phénomènes physiques ou chimiques. Le briquet pneumatique fait partie de celles-là.
Pourquoi le briquet pneumatique, alors qu’il a été commercialisé, n’a pas rencontré le succès escompté ?
B.R. : Tout simplement parce que c’est un procédé difficile à utiliser. Sa pratique est principalement rendue délicate par l’usure rapide des joints, qu’il faut remplacer assez souvent. Néanmoins, sa commercialisation a duré jusqu’à la fin du XIXe siècle. Et surtout, son principe de fonctionnement a inspiré de nombreux scientifiques, et notamment Rudolf Diesel qui, inspiré par ce briquet, a conçu le moteur qui porte son nom…
Pourquoi avoir choisi d’écrire un ouvrage sur ce briquet atypique ?
B.R. : Les circonstances de l’invention de ce briquet sont mal connues et il nous semblait intéressant, à Paul Boutié et moi-même, de préciser les différentes étapes de sa création, et ce quasiment au jour le jour. Comme une enquête policière qui avance au gré des indices qu’elle permet de découvrir…
Et quel est le résultat de cette enquête ?
B.R. : Afin de conserver le suspense, je ne vous donnerai pas le nom du véritable inventeur du briquet pneumatique ! En revanche, je peux vous dire qu’il n’est pas celui que l’on croit, à savoir Joseph Mollet, à qui cette invention est communément attribuée…
Il semblerait donc que le briquet pneumatique ait été inventé plusieurs fois… Est-ce le cas uniquement en Europe ?
B.R. : Absolument pas ! Nous savons qu’il a été développé également en Asie du Sud-Est. Une grande question se pose dès alors : le briquet pneumatique est-il une invention européenne transférée en Asie ou est-il le résultat, comme nous le pensons, Paul Boutié et moi-même, d’une convergence culturelle.
Cette enquête que vous avez menée, avec Paul Boutié, sur les traces de ce drôle de briquet a nécessité de vastes recherches. Comment vous y êtes-vous pris ?
B.R. : Pour reconstituer au jour le jour la naissance, la vie et la disparition de ce briquet, nous nous sommes plongés dans les archives, outil principal de l’historien, et notamment celles de Joseph Mollet à l’Académie des Sciences, Arts et Belles lettres de Lyon. Les archives de l’Académie des Sciences de Paris nous ont également été fort utiles, car toutes les minutes des séances de l’Académie y sont conservées. Nous avons donc épluché minutieusement ces documents. Nous avons également recherchés des briquets pneumatiques dans les musées, chez les collectionneurs et même dans les cabinets de physique des universités en France, mais aussi en Italie, en Allemagne et au Royaume-Uni.
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