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40 années de recherche, de découvertes, de publications : tel est le parcours du Professeur Henry de Lumley, ce scientifique passionné et acharné à qui nous devons la réalisation de plusieurs musées de préhistoire, notamment dans la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur. Il est à l’origine de très importantes découvertes dans cette région. Spécialiste du Paléolithique, il s’est néanmoins penché très tôt sur les gravures du mont Bégo dont il est, avec ses équipes, le principal chercheur depuis plus de 30 ans.
Professeur, présentez nous l'époque à laquelle ont été réalisées les gravures du mont Bégo.
Henry de Lumley : Situé dans les Alpes-Maritimes à 80 km de Nice, le mont Bégo est une montagne sacrée de l'âge du Cuivre, c'est-à-dire du Chalcolithique, et de l'extrême début du Bronze ancien. Cette montagne a donc été vénérée par les peuples de cette région entre 3 300 ans et 1 800 ans avant notre ère. (...)
Quels sont les principaux idéogrammes et leur signification ?
Henry de Lumley : Autour du mont Bégo, il y a 40 000 gravures figuratives qui possèdent toutes un sens. Il s’agit d’idéogrammes ayant pour but de transmettre un message. On peut les classer en trois catégories :
Les Bovidés : 70% des gravures sont des corniformes, symbolisant des bovidés. Ce peut être un taureau dans certains cas ; il s'agit parfois d'un boeuf quand il est attelé par paire et qu'il tire l'araire. Il y a aussi la vache et, très souvent, quand il y en a plusieurs, les gravures corniformes évoquent le bétail. Par-delà l’animal, ces symboles peuvent faire référence au Dieu-Taureau, dispensateur de la pluie.
Les Réticulés : c'est une figure à cases plus ou moins nombreuses, symbolisant alors un parcellaire, des champs cultivés. Dans de nombreuses civilisations, le réticulé représente la Terre. D'ailleurs, dans les hiéroglyphes égyptiens, Terre s'écrit avec un réticulé, tout comme dans les cultures chinoises actuelles. Ainsi, ces réticulés symbolisent les champs cultivés, la Terre et, par-delà, la Déesse-Terre.
Les Armes : les poignards sont les plus nombreux, puis viennent les hallebardes et les haches. Le poignard représente l'arme, bien sûr, mais aussi l'objet cultuel. Deux sortes de poignards en particulier témoignent d’une portée avant tout symbolique : ceux dont le manche est trapézoïdale, et ceux dont la taille est démesurément grande. Ils symbolisent parfois les attributs du dieu de l'orage. Il y a d'ailleurs une figure appelée le « Sorcier », un anthropomorphe qui brandit deux poignards. C'est le dieu de l'orage détenant la foudre.
« Par-delà l’animal, ces symboles peuvent faire référence au Dieu-Taureau, dispensateur de la pluie»
Peut-on parler d’une représentation du couple divin primordial ?
Henry de Lumley : Très souvent, les graveurs ont placé deux personnages côte à côte : le Dieu de l'orage et, à sa droite, la Déesse-Terre. Parfois, un poignard pénètre un réticulé, c'est-à-dire un champ : le dieu de l'orage enfonce son pénis pour féconder la Terre. Il s’agit du couple divin primordial. Pour montrer que le poignard est vraiment le Dieu-Taureau, le graveur lui attribue parfois des cornes. Tout est lié à la pluie du ciel qui féconde la terre, c'est-à-dire au Dieu-Taureau qui féconde la Déesse-Terre. Ce couple primordial est toujours placé dans le même sens, le masculin à gauche et le féminin à droite. En général, la Déesse-Terre est placée vers le champ cultivé, vers la vallée, et le Dieu-Taureau, lui, vers le haut de la montagne. Le sacrifice du Taureau est fréquemment représenté aussi pour que le dieu de l'orage féconde la terre. (...)
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