HOMMAGE A JEAN GAGNEPAIN

Décès du Directeur du Musée de Préhistoire de Quinson

Le 19 mai 2010, Jean Gagnepain est décédé brutalement à l'âge de 49 ans. Toutes nos pensées vont à sa femme et à ses 3 enfants. Chercheur renommé au sein de la communauté archéologique et conservateur de musée de Préhistoire des gorges du Verdon à Quinson, sa disparition est une grande perte pour le monde scientifique. Jean Gagnepain laisse le souvenir d'un homme passionné, reconnu et apprécié, tenant à faire découvrir et partager sa passion. Pour cet hommage, nous avons pu recueillir les témoignages du Professeur Henry de Lumley, du conservateur régional de l'archéologie Xavier Delestre, et du scientifique Jean Courtin.


Une vie dédiée à sa passion

Attiré très jeune par les sciences naturelles, Jean Gagnepain intègre en 1986 l'Institut de Paléontologie Humaine à Paris sous la direction d'Henry de Lumley. Après un DEA et une thèse sur les premiers peuplement en Europe, il étudie le site de la grotte de la Baume Bonne, à Quinson, où il reprend les recherches démarrées par Henry de Lumley dans les années 60, afin d'affiner la connaissance de l'occupation du site avec une technologie plus moderne. C'est en 2001 que le musée de Préhistoire des Gorges du Verdon ouvre ses portes et qu'il en devient le directeur. Il y a 3 ans, il fut l'instigateur d'une grande prospection archéologique (toutes périodes confondues) autour des gorges du Verdon, un travail colossal qui n'avait encore jamais été entrepris de la sorte.

Jean Gagnepain était un grand chercheur avec notamment le développement d'un laboratoire à Quinson axé autour du Paléomagnétisme (science qui étudie les enregistrements du champs magnétique passé de la Terre. Une des applications réside dans la possibilité de datation archéologique des minéraux, certains enregistrant le champ magnétique au moment de leur formation).
Il était également un conservateur de collections qui attachait une grande importance à la diffusion de la culture scientifique auprès du grand public. Enfin, Jean Gagnepain passait beaucoup de temps à la formation des étudiants en archéologie qu'il recevait régulièrement au musée de Quinson. En proposant chaque année des expositions de grande tenue scientifique et sur des sujets très variés, il a su conquérir un public toujours plus large. Cette rencontre avec le public répondait aussi à son souhait de faire partager et transmettre les connaissances scientifiques les plus récentes. C'est d'ailleurs sous son impulsion que sont ouvertes en 1992 les « Journées de la Préhistoire », qui connaissent chaque année un grand succès à Quinson.


Hommages et témoignages

Henry de Lumley (Professeur émérite au Muséum national d'histoire naturelle, membre de l'Institut de France et Directeur de l'Institut de Paléontologie Humaine à Paris) :
"Jean Gagnepain a été un grand chercheur, très charismatique et avec beaucoup de courage. Il a fait un Mémoire de DEA à l'Institut de Paléontologie Humaine à Paris sous ma direction. Il est ensuite venu travailler à Nice au Laboratoire du Lazaret, puis a réalisé une étude sédimentologique (branche de la géologie qui étudie les processus de formation des roches sédimentaires) et magnétostratigraphique à la grotte du Vallonet à Roquebrune Cap martin (06). Il a ainsi pu confirmer la datation de l'occupation par l'homme de ce site à 1 million d'années. Il a ensuite passé une thèse sur l'arrivée des premiers hommes en Europe grâce à l'étude de plusieurs sites autour du bassin méditerranéen. Après sa thèse, il a collaboré à la mise en place du musée de Préhistoire des Gorges du Verdon à Quinson. Il en est devenu le Conservateur et l'a dynamisé. Il a su attirer un très large public avec notamment les Journées de la Préhistoire qui reçoivent chaque année plus de 10 000 personnes."

Xavier Delestre (Conservateur régional de l'archéologie, Direction régionale des affaires culturelles de Provence-Alpes-Côte d'Azur)
"La disparition brutale de Jean Gagnepain laisse un grand vide au sein de la communauté archéologique. Notre collègue était très apprécié des archéologues mais également des responsables des musées et des élus de son département.
Jean Gagnepain était à la fois un homme de terrain et un homme de laboratoire. Ses travaux dans le domaine de la Préhistoire font autorité. Je pense tout particulièrement pour la région à ses fouilles à Vitrolles (Alpes-de-Haute-Provence) lors de la construction de l'autoroute A.51 et à celles qu'il a conduite à la Baume Bonne à Quinson (Alpes-de-Haute-Provence). Ses travaux universitaires et ses publications sont la marque de l'excellence de ses connaissances. Jean Gagnepain bénéficiait d'une autorité scientifique qui était reconnue internationalement ce qui l'a conduit à participer à de nombreuses missions en Afrique, en Europe et en Asie.
Jean Gagnepain a su avec discrétion et grâce à un fort investissement personnel placer l'établissement qu'il dirigeait depuis sa création, le musée de la Préhistoire des gorges du Verdon (Quinson) au premier rang des musées archéologiques.
Notre dernière collaboration fut de créer un service archéologique départemental en complément du dispositif muséographique. Ce service placé sous son autorité venait de recevoir une reconnaissance officielle par la décision du Ministre de la Culture de l'agréer pour l'archéologie préventive. Avec cet outil, Jean Gagnepain voulait être encore plus prêt du terrain et permettre à son département, les Alpes-de-Haute-Provence, d'avoir une plus grande capacité d'intervention pour l'étude et la conservation du patrimoine.
En hommage à son action, il nous appartient d'œuvrer collectivement pour que sur cette assise son action puisse se consolider et se développer."

Jean Courtin (chercheur honoraire au CNRS qui a notamment réalisé un important travail sur l'occupation humaine dans les gorges du Verdon) « "Pour la mise en place du Musée, je l'ai emmené dans le réseau des Grottes de l'Eglise, voir sur place les peintures schématiques que j'y avais découvertes en 1961 , et qui ont été reproduites dans le musée ...il avait courageusement descendu les escarpements à la corde, et passé les étroites chatières de ce réseau complexe...
Chaque fois que j'avais besoin de travailler dans les réserves, ou d'avoir des clichés de matériel préhistorique, il m'accueillait avec une extrême gentillesse et mettait tout en œuvre pour m'aider ...
Je garde le souvenir d'un garçon passionné et enthousiaste, nous avons lancé ensemble les "Journées de la Préhistoire" de juillet, qui grâce à lui attiraient de plus en plus de monde. Sans lui, ce ne sera plus jamais pareil."


Bibliographie

GAGNEPAIN, Jean, Préhistoire du Verdon, des origines à la conquête romaine, Edisud, Parc naturel du Verdon, 2002.
GAGNEPAIN, Jean, La Baume Bonne : 400 000 ans de la vie des hommes, Verdon n°1, Estieu, 1999.
GAGNEPAIN, Jean, La préhistoire dans le Var et les Gorges du Verdon, In. Le Rando Malin Var - Du littoral au Verdon, Mémoires Millénaires Editions, 2010.


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