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Un gisement acheuléen exceptionnel…
Le site acheuléen de Terra Amata aurait pu rester à tout jamais enseveli sous les jardins d’une villa Belle Epoque aux abords de l’actuel port de Nice, si son propriétaire n’avait pas vendu à un promoteur une partie du terrain pour la construction d’un immeuble. Grâce à ce hasard heureux, les travaux de terrassement ont révélé une plage vieille de 400 000 qui, à cette époque, se situait au débouché de la vallée du Paillon, où venaient camper des chasseurs nomades de cerfs, d’éléphants, de rhinocéros et d’aurochs.
Rencontre avec le Professeur HENRY DE LUMLEY
Le Professeur Henry de Lumley, professeur émérite au Muséum national d'histoire naturelle membre de l’Institut de France et directeur de l’Institut de paléontologie humaine, qui a conduit les fouilles préventives du gisement de Terra Amata en 1966, nous éclaire sur le grand programme scientifique qui a été lancé, sous sa direction, pour achever la mise au point de la monographie du site.
Monsieur le Professeur de Lumley, pouvez-vous nous expliquer ce qui fait le caractère exceptionnel du site de Terra Amata ?
En 1966, j’ai eu connaissance de l’existence d’un site d’occupation préhistorique qui avait été révélé lors d’un chantier de construction d’immeuble à la périphérie de Nice. J’ai pu obtenir du promoteur un sursis de six mois pour y conduire un grand chantier de fouille de sauvetage, ce qui m’a permis de mettre au jour une plage vieille de 400 000 ans et une dune littorale datée de 380 000 ans. C'est sur ce site que nous avons réalisé la fabuleuse découverte des plus anciens foyers aménagés connus dans le monde qui témoignent, avec ceux trouvés ultérieurement en Bretagne, Angleterre, Hongrie et en Chine, de la domestication du feu par l’homme il y a 400 000 ans. C'est aussi à Terra Amata qu'ont été découverts les plus anciens crayons d'ocre jaune et rouge dont les hommes se sont servis pour se colorer la peau, ce qui correspond à un saut culturel important dans l'évolution de la cognition. L'industrie lithique (de la pierre) est également très riche et évoque par de nombreux aspects, celle d'autres grands sites du Bassin méditerranéen, notamment de l’Italie.
A la lecture, il nous semble que cette impressionnante publication témoigne d’un travail de longue haleine qui a fédéré de nombreuses disciplines scientifiques ?
En effet, cette grande monographie pluridisciplinaire a permis de synthétiser, à la façon d’un détective, les résultats de la fouille et de l’étude des vestiges archéologiques mis au jour sur le site. Un gisement préhistorique est comme un disque dur qui enregistre dans les sédiments des données sur le comportement et le mode de vie de l’Homme, ainsi que sur l’environnement dans lequel il a évolué. La mise au point de cette monographie s’est faite avec le concours de chercheurs de différents établissements : le Laboratoire Départemental de Préhistoire du Lazaret, le Centre Européen de Recherches Préhistoriques de Tautavel, l’Institut de Paléontologie Humaine et le Musée de Paléontologie Humaine de Terra Amata ainsi que des chercheurs étrangers et de grandes institutions, comme le Commissariat à l'Énergie Atomique.
Monsieur le Professeur, celui-ci est le premier tome. Cela veut dire qu’il y aura une suite ?
Oui, en effet, il reste encore trois volumes à paraître. Le premier tome, celui qui vient de paraître, ayant traité de l’historique des fouilles et des aspects géologiques du site, le deuxième sera consacré à l’étude de la faune de Terra Amata, c’est-à-dire, de l’ensemble des animaux depuis les plus petits rongeurs et oiseaux jusqu’aux plus grands mammifères comme l’éléphant antique, mais aussi de l’Homme dont une empreinte de pied et une petite dent de lait ont été découvertes. Le troisième tome traitera de l’industrie lithique acheuléen exceptionnelle de Terra Amata : les bifaces, les pics, les choppers et le chopping-tools. Enfin, le quatrième tome sera consacré à l’étude des sols archéologiques sur lesquels ont vécu ces premiers Niçois et à l’interprétation des indices qu'ils nous ont laissés sur leur comportement et leur mode de vie.
PRATIQUE
Le Musée de Paléontologie Humaine de Terra Amata
25, bd Carnot - 06300 NICE
Tél. : 04 93 55 59 93
(Ouvert tous les jours sauf le lundi et
certains jours fériés de 10h00 à 14h00)
www.musee-terra-amata.org
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