|

|
Eric Lebrun, dessiner la préhistoire n'est pas chose aisée, il faut maîtriser les données scientifiques avant de prendre le crayon et même dans votre cas, bien connaître certains lieux précis, comment procédez-vous ?
E.L. : Passionné de Préhistoire, en particulier d'art pariétal, j'ai visité depuis une dizaine d'années la majorité des sites et musées préhistoriques de France, et plusieurs d'Espagne, Portugal, Belgique et Italie. Je me suis ainsi constitué un bon stock de photos ou croquis de ces lieux et de leurs pièces archéologiques. J'ai aussi de nombreux livres et revues spécialisés en Préhistoire, et je me tiens régulièrement informé des dernières découvertes, par ces publications ou des amis préhistoriens. Toutes ces sources constituent donc une solide documentation, qui me sert systématiquement de référence pour chaque illustration. Pour les personnages, je veille à représenter les parures, armes et objets spécifiques aux lieux et époques, les paysages sont reconstitués d'après photos, ... mais il reste malgré tout dans les reconstitutions que je propose, une part d'interprétation personnelle.
Le sud-est de la France est une zone très riche concernant le patrimoine préhistorique, vous êtes-vous penché sur certains sites en particulier dans vos dessins ?
E.L. : L'été 2007, j'ai visité plusieurs des sites du Sud-Est, notamment Terra Amata, la vallée des Merveilles, les Balzi Rossi, ... Tous passionnants ! Mon faible a été vers les Balzi Rossi, pour la richesse exceptionnelle de ce site (sépultures, parures, statuettes et un peu d'art pariétal réunis dans un même site), et sans doute aussi parce que mon goût est plus prononcé pour le Paléolithique Supérieur. J'ai pu faire des croquis dans les musées qui m'ont permis de compléter certains détails de parures dont je ne connaissais aucune image (les pendeloques en forme de "double olive" de Barma Grande notamment). Dès mon retour, j'ai fait une illustration représentant une femme avec diverses parures et à l'arrière plan, les falaises dans leur aspect probable à l'époque (ce qui n'était pas évident, vu comme les lieux ont été malheureusement fortement urbanisés depuis !). Depuis, j'ai aussi illustré Terra Amata et la Bau de l'Aubesier pour le spectacle "Mémoires d'Hommes
" (cf. photo ci-dessous), sur les premiers pas de l'Homme dans le sud-est de la France.
Vous avez une certaine attirance pour les illustrations d'art pariétal, est-ce plus facile à dessiner pour vous qu'un animal ou qu'un paysage ?
E.L. :
Je fais beaucoup de dessins d'art pariétal car c'est le domaine qui me passionne le plus en Préhistoire. Ces dessins permettent de montrer les gestes et techniques de réalisation, ou de restituer, à la manière des relevés, l'art d'une grotte dans l'état où il était au Paléolithique supérieur. Bien des grottes ont malheureusement souffert des outrages du temps et surtout de nos contemporains. Quel que soit le sujet d'un dessin préhistorique, la difficulté vient avant tout de la documentation en ma possession. Je cherche parfois des heures pour trouver le détail ou point de vue qu'il me faut. Quand il ne reste plus qu'à dessiner, le plus dur est fait ...
Vous travaillez aussi sur des BD se passant durant la Préhistoire. Quelles possibilités offre ce moyen d'expression ?
E.L. : La bande dessinée permet de raconter visuellement une histoire, offrant ainsi la possibilité d'aller plus loin dans la reconstitution de la vie de nos ancêtres. Il y a encore beaucoup à faire en la matière : les BD préhistoire restent rares. Plusieurs de mes projets ont été refusés chez les éditeurs, car la vision que je propose est trop éloignée des clichés qu'ils ont en tête. Certains en sont restés à des Cro-Magnon façon hommes-singes à demi nus, vivant dans les grottes et poussant des grognements bestiaux. Quand on leur propose des humains comme nous, avec vêtements cousus, tentes et dialogues, ils trouvent qu'on dirait trop des indiens ! Mais bon, je persiste, on verra bien ...
Récemment, les éditions Milan ont édité la BD jeunesse préhistoire que je scénarise, avec Priscille Mahieu au dessin. L'histoire est une fiction humoristique pour les petits (et les grands), mais nous avons veillé à nous inscrire dans un univers bien documenté. C'est un premier pas qui me réjouit, et j'espère pouvoir un jour dessiner à mon tour une BD, destinée à un public plus adulte !
|