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Tout savoir sur les techniques de production du feu durant la préhistoire
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APPRENDRE A FAIRE DU FEU ...
Comment faire du feu sans allumette ni briquet ?
Sauriez-vous allumer un feu sans outil moderne ? Voici un dossier exceptionnel sur les techniques de production du feu avec une vidéo d'illustration et une interview de Bertrand Roussel, Docteur en préhistoire et spécialiste de la question. Vous y trouverez tous les renseignements nécessaires pour apprendre à faire partir un feu vous même ...
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Découvrez dans cette vidéo (durée : 2mn18 - taille : 6Mo), deux techniques pour faire démarrer un feu : celle de la friction du bois et celle de la percussion de la pierre (le silex contre la marcassite). La chair prélevée à l'aide d'un couteau en deuxième partie de vidéo est celle d'un champignon appelé l'amadouvier. L'opérateur présentant ces techniques n'est autre que Bertrand Roussel lui-même, dont vous découvrirez l'interview ci-dessous.
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RENCONTRE AVEC BERTRAND ROUSSEL, spécialiste des techniques de production du feu
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Bertrand Roussel est Docteur en Préhistoire et responsable des collections au musée de Terra Amata à Nice. Spécialiste de l'amadouvier et des techniques de production du feu, il vient en marge de ses travaux de recherche, d'écrire un ouvrage avec Paul Boutié (maître de conférence à l'université Paul Valéry à Montpellier) intitulé « La grande aventure du feu » chez Edisud (13 € - Livraison gratuite), afin de revisiter, expérimentation à l'appui, l'ingéniosité déployée au fil des temps par les hommes pour dominer ce phénomène physique si fabuleux.
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Prehistoirepaca.com : Bertrand Roussel, comment faire du feu par friction du bois ?
B.R. : Il existe différents types de technique de production du feu par friction du bois. Mais la plus facile à reproduire est sans conteste le foret à archet. Elle consiste à faire tourner un foret sur une planchette en l'entraînant par le mouvement de la corde d'un archet.
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Avant de commencer, il convient de bien préparer son matériel. L'allume-feu à archet comporte : un foret, une planchette, un archet muni de sa corde et une paumelle (cf. en bas de page les explications techniques pour réaliser vous-même cette technique). De nombreuses personnes pensent qu'il est indispensable d'utiliser un bois dur pour la drille et un bois tendre pour la planchette.
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Le préhistorien Jacques Collina-Girard a pu démontrer, par une étude statistique précise, qu'il n'en était rien et que l'efficacité des bois n'était liée ni à leur dureté relative, ni à leur densité relative. Certaines essences peuvent d'ailleurs être employées à la fois pour réaliser le foret et la planchette, c'est en particulier le cas du lierre, du laurier ou du tilleul. En fait, il est indispensable que les bois utilisés soient bien secs. De plus, il est préférable qu'ils soient relativement tendres car la production de sciure est alors plus aisée.
Prehistoirepaca.com : On peut aussi faire du feu grâce à la percussion de deux pierres, pouvez-vous nous expliquer ce procédé ?
B.R. : Il est très facile de produire le feu en percutant deux pierres, mais il est nécessaire de bien les choisir. Ainsi, contrairement à une idée souvent admise, la percussion de deux blocs de silex ne permet pas d'allumer un feu. Tout au plus permet t-elle de créer des étincelles extrêmement fugaces et circonscrites au point de percussion qui sont totalement inutilisables !
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Pour susciter des étincelles efficaces, il est nécessaire d'employer un sulfure naturel de fer (de formule chimique FeS2) dont il existe deux formes : la pyrite et la marcassite. Ces deux minéraux percutés par une roche assez dure, comme le silex ou le quartzite, produisent de belles étincelles. Pour obtenir une braise, il suffit de diriger ces étincelles sur une matière bien sèche et très combustible, comme l'amadou. Au bout de quelques secondes de percussion, ce matériau s'embrase. Quelques herbes bien sèches et un peu d'air permettent alors de passer de cette petite braise à une véritable flamme.
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Prehistoirepaca.com : En quoi le champignon amadouvier a t'il été utile aux hommes préhistoriques pour allumer une flamme ?
B.R. : L’amadou et la chair d’un champignon poussant sur les arbres. Cette matière a été utilisée pour produire le feu car elle s'embrase très facilement au contact des étincelles produites par la percussion de deux pierres ou d'un briquet en acier. Mais l’amadouvier a aussi été mis à profit pour de nombreux autres usages…
En 1991, Ötzi, un homme de l’âge du cuivre est découvert parfaitement conservé dans un glacier alpin à la frontière austro-italienne. Dans son matériel, on trouve un morceau d’amadou. Il semble bien que cet homme, datant de 3000 avant notre ère, avait emporté ce morceau de champignon pour allumer le feu par percussion de deux pierres lors de son voyage. En fait, l'amadouvier semble avoir été utilisé dans le cadre de la production du feu au moins dès le Néolithique. On trouve en effet des restes de ce polypore dans différents gisements lacustres, notamment en France et en Suisse.
A partir de l'âge du fer, le briquet en acier remplace le bisulfure de fer. L'amadou, quant à lui, reste en Europe la matière la plus utilisée pour s'embraser au contact des étincelles.
Prehistoirepaca.com : Sait-on à quelles époques préhistoriques chaque procédé pour allumer le feu a été utilisé ?
B.R. : Les vestiges archéologiques pouvant être liés à la production du feu par friction sont quasiment inexistants en ce qui concerne la Préhistoire européenne. Cette absence s'explique probablement par le fait que le bois ne se conserve que très difficilement dans les gisements préhistoriques. Tout au plus quelques objets paléolithiques ont été interprétés dans ce sens mais ils sont incertains. Au Néolithique les objets en bois sont mieux représentés. On en retrouve en particulier dans les gisements des lacs alpins et dans des tourbières. Pourtant, les traces d'objets destinés à l'allumage du feu par friction sont très fugaces. Elles se résument à quelques forets et planchettes dont l'interprétation n'est pas évidente.
En revanche, la percussion de la pierre est mieux documentée. Il semble bien que les hommes préhistoriques aient connu ce moyen d'allumer le feu au moins dès le Paléolithique supérieur. On trouve en effet dans différents gisements de cette période des restes de pyrite ou de marcassite portant des traces de percussion. Ainsi, le grand abri de Laussel, en Dordogne, ou le Trou du Chaleux, dans la province de Namur, en Belgique, ont livré des restes de sulfure de fer qui semblent bien avoir été utilisés pour produire le feu. Il est cependant possible que cette technique ait été maîtrisée antérieurement. Mais malheureusement, la marcassite comme la pyrite se conservent très difficilement car elles s'oxydent très rapidement. Il est donc possible que ces minéraux aient disparu dans de nombreux sites plus anciens.
Au Néolithique, les restes de sulfure de fer sont plus nombreux. Ils sont parfois associés à des pièces de silex, présentant des traces de percussion, qui ont pu être utilisées pour produire les étincelles. De même, dans certains sites lacustres suisses ou français, on a pu mettre au jour des morceaux d'amadouvier ou d'autres polypores probablement destinés à la confection d'amadou.
Si cette technique semble encore connue durant l'Antiquité, comme le suggèrent des textes d'Aristote, Sophocle, Pline ou Nonnos de Panopolis, le briquet en acier deviendra à partir du deuxième âge du fer le mode d'allumage du feu le plus communément employé.
Prehistoirepaca.com : Le site de Terra Amata à Nice est considéré comme l'un des plus anciens foyers au monde. Quels sont aujourd'hui les autres sites du Paléolithique inférieur
connus ayant livré de tels témoignages d'une maîtrise du feu ?
B.R. : Il est vrai qu'à Terra Amata des foyers aménagés témoignent des prémices de la domestication du feu par l'homme, il y a près de 400 000 ans. D'autres
traces de foyers ont été mises au jour dans des sites contemporains ou
légèrement plus anciens, comme à Menez-Dregan 1 dans le Finistère, à
Vertesszöllös en Hongrie et à Choukoutien en Chine.
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Suite des explications pour apprendre à faire du feu avec un foret à archet
Le foret est une pièce de bois qui doit impérativement être bien rectiligne et de section parfaitement ronde. Sa longueur peut varier, en fonction de la taille de l'opérateur, entre 20 et 30 cm et son diamètre de 1 cm environ. Avant de commencer, les deux extrémités du foret doivent être appointées.
La planchette peut être réalisée à partir d'une branche en la sciant de long. Sa longueur et sa largeur ne sont pas très importantes mais son épaisseur est capitale. Elle ne doit pas être trop fine afin d'éviter de la perforer avant d'avoir obtenu une chaleur suffisante. Elle ne doit pas non plus être trop épaisse car le temps de friction nécessaire pour obtenir une braise devient alors assez long.
L'archet peut être réalisé à partir d'une branche courbe sur laquelle une corde ou une lanière de cuir est fixée aux deux extrémités. Une entaille ou un trou dans l'archet peut permettre d'attacher solidement la corde afin qu'elle ne glisse pas. La corde de l'archet, enroulée autour de foret, permettra de faire tourner rapidement ce dernier.
La paumelle permet de maintenir la partie supérieure du foret. Elle doit donc présenter une concavité suffisante pour que le foret n'en sorte pas lors de sa rotation. Cependant, il ne doit pas s'agir d'un trou trop profond car il faut éviter au maximum la perte d'énergie consécutive au frottement entre la paumelle et le foret. Un coquillage épais ou un os feront l'affaire.
Il est également nécessaire de se procurer des herbes très sèches ou, encore mieux, des aiguilles de pin, qui permettront, au terme de l'opération, de passer de la braise produite par la friction à une véritable flamme.
Avant de commencer à faire tourner le foret sur la planchette, il est absolument nécessaire d'aménager avec un couteau (ou un éclat de silex pour faire plus authentique) une petite encoche sur le bord de la planchette. Cette gouttière va favoriser l'écoulement de la sciure produite par la friction et permettre à l'oxygène d'atteindre la zone de contact entre le foret et la planchette. Elle est donc quasiment indispensable à l'allumage de la petite braise que nous cherchons à produire.
Après tous ces préparatifs, il est temps de se mettre en place pour débuter la friction. La description qui suit prend l'exemple d'un opérateur droitier.
Il convient, dans un premier temps, d'enrouler la corde de l'archet autour du foret. On prend l'archet dans la main droite et le foret dans la main gauche. On pose la pointe du foret perpendiculairement à la corde de l'archet et on le fait passer par dessous pour que la corde s'enroule autour de lui. Si le foret est correctement positionné, la corde est maintenant tendue. Elle est donc prête à entraîner sa rotation.
Il suffit alors de poser la planchette en face de soi et de se mettre en position accroupie, le pied gauche maintenant la planchette et le genou droit à terre. Puis on prend la paumelle dans sa main gauche afin de maintenir le haut du foret en plaçant son poignet contre son genou gauche pour stabiliser sa main (et donc la paumelle). On positionne la pointe du foret sur la planchette (dans l'avant-trou réalisé au bord de l'encoche) et on le fait tourner en imprimant à l'archet un mouvement de va-et-vient. Le mouvement doit être ample et régulier pour mettre à profit toute la longueur de l'archet.
Il convient, dans un premier temps, de faire tourner la drille lentement (pour ne pas sortir de l'avant-trou), puis d'accélérer afin que le foret creuse dans la planchette et produise de la fumée. Un tas de sciure se met alors peu à peu en place dans l'encoche. Il convient de n'arrêter le mouvement que lorsque ce dernier s'est transformé en une braise.
L'ultime étape consiste à récupérer délicatement la braise, à la mettre dans un nid d'aiguilles de pin, par exemple dans un coquillage, puis à recouvrir avec d'autres aiguilles. Il suffit alors de souffler doucement pour obtenir rapidement une flamme.
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Dossier réalisé le 2 Janvier 2008
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